De choses et d'autres...

Madeleine de Jessey

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Réfugiés : Pour un appel à la responsabilité de tous

Il aura beaucoup été question de l’Europe, cette semaine. De son « incurie » face aux réfugiés, de sa réaction bien tardive, de l’ « égoïsme » de certains pays, de l’humanisme des autres… Voilà maintenant que l’administration de l’ONU s’en mêle, en réclamant à l’UE une action commune en faveur des réfugiés.

Il est néanmoins surprenant que cette même administration ne réclame rien des pays du Golfe. L’Europe réagit tardivement, certes, mais qu’ont fait l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le Qatar, le Koweït, Oman et Bahreïn, depuis le début du conflit ? A ce jour, ils n’ont tout bonnement développé aucune politique d’accueil des réfugiés. Par-delà la tradition d’hospitalité censée caractériser ces régions, l’accueil des réfugiés arabes semblerait d’autant plus naturel qu’ils retrouveraient là-bas la même religion ainsi qu’un grand nombre de repères culturels et linguistiques.

On peut également se demander pourquoi l’ONU ne se tourne pas plus du côté des Etats-Unis, qui n’ont accueilli que 1 500 Syriens depuis le début du conflit. Soit bien peu compte-tenu de la déstabilisation du Proche et du Moyen-Orient à laquelle ils ont largement contribué. À titre de comparaison: le village libanais de Ketermaya accueille à lui seul plus de réfugiés syriens que les cinquante Etats américains réunis. Les Etats-Unis ont certes annoncé il y a peu, pour faire face aux critiques, qu’ils étaient prêts à accueillir 7 000 personnes de plus. Mais cela reste dérisoire, on en conviendra, eu égard aux efforts déjà consentis par la plupart des pays européens.

Enfin, revenons sur la photo d’Aylan : là encore, on a beaucoup accusé l’Europe. Mais si Aylan et les siens ont fui leur terre, s’ils en ont été réduits à monter dans cette embarcation fatale, c’est d’abord à cause de l’Etat islamique qui avait préalablement exécuté onze membres de leur famille. Alors certes, l’Europe est en partie responsable de cette tragédie en n’ayant pas mis en place un plan de lutte contre les passeurs qui s’enrichissent sur le dos de la misère humaine. Mais l’ONU qui joue aujourd’hui aux censeurs de l’Europe, a-t-elle agi davantage pour lutter contre ces filières ? Ces Nations Unies qui pressent aujourd’hui les Européens pour qu’ils prennent rapidement en charge les réfugiés, que font-elles pour lutter contre l’Etat islamique et ses associés et mettre ainsi fin à l’exode qu’ils génèrent ?

L’Europe ne pourra faire face aux arrivées incontrôlées de migrants que si l’ensemble des États concernés se mobilise avec force pour faire disparaître les conflits qui provoquent cette immigration. Il n’est moralement pas acceptable que l’ONU réclame aujourd’hui aux Européens de faire face aux conséquences, quand elle n’a pas elle-même le courage de s’attaquer aux causes du mal. Hier, l’administration onusienne nous a interpellés : pourquoi ne pas l’interpeller à notre tour ?