«Les Républicains doivent être le parti du principe d’innovation plus que du principe de précaution, le parti du gaz de schiste, le parti des OGM, le parti des biotechs»

Voilà ce que beaucoup retenaient, hier encore, du Conseil national des Républicains. Abondamment relayée et commentée dans les médias, cette formule n’est certes rien d’autre qu’un extrait isolé qu’on aurait tort de faire retomber sur l’ensemble du parti, tant cette ode à la mondialisation était éloignée de la plupart des interventions qui auront émaillé le conseil des Républicains entre samedi et dimanche.

Et pourtant, la formule en interpelle certains: entre l’innovation et la précaution, que choisir? Dans quelle voie engager notre famille politique? Derrière cette question se cache en réalité une vision binaire qui réduit trop souvent la politique à une lutte à mort entre progressisme et conservatisme. Or toute l’erreur consiste précisément à opposer ces deux «camps». De fait, la formule de Luc Chatel met implicitement le parti en demeure de choisir entre l’innovation et la précaution, comme si ces deux «principes» s’excluaient mutuellement. Ou, plus exactement, comme s’il fallait inévitablement donner à l’un l’avantage sur l’autre. En réalité, il n’y a pas à préférer l’innovation à la précaution, ou, inversement, la précaution à l’innovation, car l’une ne saurait aller sans l’autre. Cinq cents ans plus tard, faut-il le rappeler? Science sans conscience n’est que ruine de l’âme.

Par ailleurs, de tels propos semblent défendre la technique pour elle-même, indépendamment de la fin visée. L’agriculture française n’a-t-elle pas assez de ressources pour se passer des OGM? Ne doit-on pas promouvoir une nouvelle révolution agricole rendant aux agriculteurs français toute leur indépendance vis-à-vis des industries? Par amour des générations à venir, par souci du long-terme, ne doit-on pas prioritairement chercher à investir dans les énergies renouvelables plutôt que dans des réserves gazeuses qui se tariront tôt au tard? Autant de questions que des propos prononcés dans un élan de modernisme ne permettent pas de soulever.

Le sujet va d’ailleurs bien plus loin que le gaz de schiste, les OGM et les biotechs. Ériger la technique comme finalité suprême de l’action politique, c’est accepter, demain, les utérus artificiels, les manipulations génétiques à visée eugénistes ou encore la prolifération anarchique des nanotechnologies au détriment de la santé publique, de l’environnement ou des libertés individuelles et collectives. Mais c’est aussi et surtout soumettre l’homme à la seule loi du marché. Alors que les États, depuis plusieurs années, réduisent leur contribution à la recherche, les principaux investisseurs sont aujourd’hui des investisseurs privés, le plus souvent mus par des considérations économiques. Faire du principe d’innovation et de la technique le but final de l’action politique, c’est, en fin de compte, subordonner le bien commun aux seules exigences du profit.

Nos ambitions pour la France sont tout autres: plutôt qu’un parti qui absolutiserait la technique, nous voulons un parti qui fasse de l’homme son unique finalité. Car là où l’artificiel l’emporte, l’humain s’estompe: la modernité et la croissance ne constitueront un progrès qu’à la condition de rester au service de l’épanouissement humain.

A la formule de Luc Chatel, nous répondons donc: «Les Républicains doivent être le parti qui réconcilierait science et humanité ; le parti de l’agriculture écologique et de la protection des paysages ; le parti des énergies renouvelables et du respect des écosystèmes ; en un mot, le parti des avancées technologiques et du développement économique au service du vivant.»