De choses et d'autres...

Madeleine de Jessey

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Discours sur la Famille – Soirée du Collectif Horizon

Bonsoir à tous,

Il me revient de terminer le bal, avant de laisser la parole à Denis Tillinac, en vous parlant d’un sujet qui nous tient à cœur, à Sens Commun, mais aussi au sein du Collectif Horizon : la famille.

Quand je parle de la famille, je ne parle pas de la famille des Républicains. Je précise cela, parce que j’observe avec regret que le mot famille est souvent plus évoqué, dans cette salle, pour désigner la formation politique des Républicains et les membres qui la composent que les familles des Français.

Ce sont de ces familles-là que nous souhaitons vous parler ce soir. Au Collectif Horizon, nous avons choisi de les placer au cœur de nos préoccupations, tout simplement parce qu’elles constituent le terreau de notre société. La première forme de société, n’en déplaise à certains, ce n’est ni la nation, ni l’Etat, ni le parti politique ou la commune. Non, la première forme de société humaine, c’est la famille.

Cette réalité que je viens d’énoncer, si basique soit-elle, est souvent mal reconnue. Car si vraiment l’on prend conscience que la famille est le point de départ de toute société humaine, alors la famille serait le point de départ ou du moins au cœur de tout programme politique, ce qui est loin d’être le cas. C’est entre autres parce que des sujets aussi fondamentaux pour notre société ne figurent qu’en 13e position du programme des LR que nous avons initié le Collectif Horizon. Nous ne voulons pas que la droite, pendant cette campagne, s’oublie une nouvelle fois. Et qu’en s’oubliant, elle oublie les promesses qu’elle avait faites, promesses qui répondent aux souhaits des Français. Nos candidats à la primaire ne doivent pas, ne peuvent pas faire l’économie de se positionner clairement et fermement sur ces thématiques tant attendues et constitutives de son ADN.

Ne l’oublions pas : c’est d’abord dans sa famille que l’individu devient un citoyen, qu’il entre en possession de sa sociabilité, du langage et des codes culturels qui lui permettront d’interagir avec autrui, qui lui permettront aussi de n’être pas un atome perdu dans l’univers, seul face à l’Etat, une mauvaise herbe qui aurait poussé toute seule, mais un être de relation, solidaire, héritier de la mémoire de ses parents, garants des générations à venir.

Nous le savons bien, la famille est le premier lieu de l’éducation et de la transmission. L’enseignement scolaire ne peut réussir sans cette éducation parentale préalable. Voilà pourquoi l’État doit reconnaître et encourager la mission éducative des parents, plutôt que de chercher à s’y substituer, à l’instar de M. Vincent Peillon, qui déclarait haut et fort que l’école avait vocation à arracher l’enfant à ses déterminismes familiaux. Je pense au contraire que les enseignants pourront à nouveau instruire correctement leurs élèves le jour où les parents auront à nouveau à cœur de se réapproprier la mission éducative qui leur incombe.

Mais encore faut-il que les parents aient le temps. Force est de constater qu’il leur est difficile, aujourd’hui, de concilier vie familiale et vie professionnelle, notamment en ce qui concerne les femmes. Et le gouvernement n’a fait qu’accroître le mal : en interdisant les contrats de travail de moins de 24h par semaine, en réduisant la durée du congé parental de 3 ans à 2 ans, en ne développant pas de modes de garde variés, il contraint un nombre grandissant de femmes à sacrifier ou à retarder leur maternité au profit de leur vie pro (parfois même à songer à la congélation d’ovocytes, calquant ainsi leur horloge biologique au tempo productif de l’entreprise), alors que la vraie liberté pour les femmes consisterait à pouvoir concilier les deux à la fois. Cet équilibre entre vie professionnelle et vie familiale, nous souhaitons qu’il soit au cœur des politiques familiales de la droite.

De la stabilité des familles dépend aussi l’épanouissement futur des citoyens. Tout est lié. Les relations tissées à l’échelle de la famille finissent par se répercuter à l’échelle de la société tout entière. Quand la famille va mal, la société ne peut aller bien. Si la famille est un lieu de tensions et de violence, alors notre société sera elle aussi parcourue par ces tensions et ces violences. Si nos familles sont distendues, éclatées, si elles n’apprennent plus l’importance du lien intergénérationnel, de la gratuité, du partage, alors la fraternité dans notre pays ne sera plus qu’un principe purement théorique, et l’individualisme de chacun conduira à la solitude de tous. Un Français sur huit est seul, et l’incantation creuse du « vivre-ensemble » trahit la profondeur de notre mal-être.

La famille est également un véritable parachute, a fortiori en période de précarité économique. Les Français engagés dans des associations d’aide aux sans-abris et aux démunis le savent bien : les gens qu’ils rencontrent sont tous, sans exception, des personnes qui se sont retrouvées à la rue parce qu’elles n’avaient pas de famille sur qui se replier lorsque du jour au lendemain elles sont devenues sans emploi, malades, veufs ou veuves, abandonné(e)s, etc. L’instabilité des familles crée la précarité économique, de même que la précarité économique est sérieusement aggravée par l’instabilité des familles. C’est la raison pour laquelle les questions sociétales ne sont pas et ne seront jamais secondaires.

Il est d’autant plus nécessaire de l’affirmer que l’exceptionnelle politique familiale française, héritée de l’après-guerre, a été fortement entaillée par le contexte de crise économique, mais aussi par l’action idéologique de la gauche au pouvoir : matraquage fiscal, réduction du congé parental, coupes sévères dans le budget de la Caisse d’Allocation Familiale, réductions des aides sur les services à la personne, modulations des allocations familiales… En 2015, les aides directes aux familles ont baissé de 6%. En d’autres termes, le gouvernement a très courageusement fait des économies sur le dos des familles, en particulier sur celles qui ont le plus d’enfants, alors que ce sont elles qui contribuent le plus au renouvellement des forces vives de notre pays.

Les conséquences se font d’ores et déjà sentir : la France connaît aujourd’hui une chute très inquiétante de sa natalité : il y a eu en 2015 19 000 naissances de moins qu’en 2014, et cette baisse se poursuit (en mars dernier, 2% de naissances de moins qu’en mars 2015). A défaut d’avoir réussi à faire baisser la courbe du chômage, notre Président aura réussi à faire baisser celle de la natalité.

Déjà fragilisée par cette offensive du gouvernement, la famille a également fait l’objet d’une remise en cause anthropologique majeure à travers l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe, en 2013. 95% des députés LR ont voté contre cette loi ; nous aimerions qu’ils soient 95%, demain, à revenir sur cette loi en défendant prioritairement le droit fondamental de chaque enfant à avoir un père et une mère. Le Collectif Horizon estime nécessaire de définir l’adoption comme le moyen de redonner une famille à un enfant et non comme un biais pour que l’enfant devienne un droit pour tous ceux qui en ont le désir. Le droit à l’enfant n’existe pas. L’adoption n’a pas pour but de donner un enfant à des adultes, elle a pour but de donner des parents à un enfant. C’est en nous battant contre ce « monstre de la volonté » (A. Finkielkraut) qu’est le droit à l’enfant que nous pourrons fermer définitivement la porte à toute commercialisation des bébés, à toute marchandisation du corps de la femme, parce qu’ils constituent à nos yeux le versant moderne de l’esclavage. Et l’esclavage, comme l’a si bien dit Sylviane Agacinsky, on ne l’encadre pas, on l’abolit.

Vous l’aurez compris : avec le Collectif Horizon, tous ensemble, nous voulons que l’ambition familiale de la droite ne se limite pas à de simples mesures de fiscalité, si nécessaires soient-elles. Nous voulons que la droite remette les familles au cœur de sa politique, qu’elle comprenne en ces temps où chacun semble en quête de repères que la famille est la matrice première, le premier berceau de l’identité, du sens et du lien social. En un mot, nous aimerions que la droite s’écrie haut et fort avec nous ce soir : familles, on vous aime, et on ne vous abandonnera pas !