De choses et d'autres...

Madeleine de Jessey

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Lettre ouverte au directeur de Sciences Po Bordeaux

Monsieur le Directeur,

Invitée il y a un mois par la section des Républicains de Sciences po Bordeaux en tant que secrétaire nationale des Républicains, vice-présidente du pôle Société civile de la campagne de François Fillon et Porte-Parole de Sens Commun, je devais donner ce soir une conférence aux étudiants concernés, jusqu’à ce que vous en décidiez autrement, en votre qualité de Directeur de Sciences Po Bordeaux, pour des raisons qui me semblent parfaitement attentatoires au respect du pluralisme et de la liberté d’expression dans votre établissement.

Comme vous le savez, à la nouvelle de cette réunion, les militants de Coordination jeunes (« contre la loi travail, le racisme, le sexisme, le patriarcat, les violences policières et le capitalisme ») ont décidé d’organiser sur Facebook une « Farine Party » en guise de comité d’accueil. En m’enfarinant, il s’agissait de manifester contrer les idées prétendument « réactionnaires, homophobes et sexistes » que j’aurais selon eux introduites dans l’école.

L’affaire aurait pu en rester là, si vous n’aviez pas choisi de donner raison aux méthodes aussi démocratiques que civilisées de cette poignée d’étudiants. Dans un courrier adressé au responsable Les Républicains de Sciences Po Bordeaux, vous avez fait connaître votre décision d’interdire la réunion :

Monsieur,

 L’association « Les Républicains Sciences Po Bordeaux », que vous présidez, a souhaité organiser une réunion publique avec Mme Madeleine de Jessey, mardi 7 février, amphithéâtre Siegfried de 18h30 à 20h.

Depuis l’annonce publique de cet événement, un certain nombre d’informations convergentes émanant notamment des réseaux sociaux et des services du ministère de l’Intérieur font craindre des manifestations violentes dans l’enceinte de l’établissement que je dirige.


Je considère que cette réunion serait susceptible d’engendrer un risque grave de trouble à l’ordre public, et plus particulièrement à la tranquillité et à la sécurité publiques, sous la forme de heurts potentiellement violents entre groupes d’étudiants ou de personnes extérieures à notre établissement.

Soucieux d’éviter tout risque d’atteinte à l’ordre public dans l’enceinte de Sciences Po Bordeaux, je ne peux donc en l’état autoriser la tenue de cette manifestation.

Je vous prie de croire, Monsieur, à l’expression de mes salutations distinguées.

 Yves DÉLOYE

 

Ainsi, plutôt que de sanctionner logiquement ceux qui enfreignent dans votre établissement le respect de la liberté de réunion et d’expression, vous avez choisi de leur donner raison : quel plus bel encouragement pour ces ardents défenseurs d’ « une université ouverte à  tout-e-s », à l’exception de ceux qui n’ont pas l’heur de penser comme eux ?

Plutôt que de rendre cette police auto-proclamée de la pensée responsable du « risque grave à l’ordre public, et plus particulièrement à la tranquillité et à la sécurité publiques » que vous invoquez, vous avez choisi d’incriminer les organisateurs de la réunion, parce qu’ils ont eu le malheur de vouloir promouvoir un pluralisme qui n’a manifestement pas droit de cité dans votre établissement. Est-ce là la conception de la justice et du débat politique que vous souhaitez transmettre à vos élèves ? Si l’extrême-gauche s’invite comme elle l’entend chez vous – après Jean-Luc Mélenchon, c’est Philippe Poutou qui tenait conférence, la semaine dernière, à Sciences Po Bordeaux, sans se voir opposer le moindre obstacle – certains membres de la « droite républicaine » en sont bannis, avec votre bénédiction.

Soyez assuré, Monsieur le Directeur, que je ne mettrai pas de sitôt les pieds dans une école qui prétend former les futurs décideurs politiques en leur transmettant un respect aussi aléatoire des principes les plus élémentaires de la démocratie,

Madeleine de Jessey